
Mon cancer du sein : une traversée douce-amère, entre deux continents

Il y a un an et demi, ma vie a basculé. Une annonce, quelques mots, un rendez-vous médical, et puis le silence intérieur qui suit. Le genre de silence qui te fait entendre chaque battement de ton cœur comme s’il allait exploser. J’ai eu un cancer du sein. Un mot qui fait peur, un mot qui secoue, un mot que l’on n’oublie plus jamais.
Ce n’est pas juste un mot, c’est un bouleversement. Mais mon histoire n’est pas celle qu’on imagine forcément quand on pense à un cancer. J’ai eu une forme particulière, et surtout, j’ai suivi un protocole de traitement peu conventionnel, du moins selon les standards auxquels on est habitué en France.
Le choc de l’annonce
Je me souviens encore du jour où tout a commencé. Ce n’était pas un gros bouleversement physique qui m’a alertée, pas de douleur insoutenable, pas de boule évidente. Juste une petite anomalie, une intuition aussi. Une de ces sensations floues mais tenaces. Alors j’ai consulté. Et puis tout s’est enchaîné : examens, prélèvements, discussions à demi-mots avec les médecins. Et enfin, le diagnostic est tombé. J’avais un cancer du sein.
Il y a une forme de brutalité dans ces mots. Pas parce qu’ils font du bruit, mais parce qu’ils installent un avant et un après. On devient patient·e. On entre dans un autre monde, avec ses codes, ses inquiétudes, ses rythmes.
Un traitement atypique
Contrairement à ce qu’on imagine souvent, je n’ai pas perdu mes cheveux. Je n’ai pas subi de chimiothérapie “classique”, avec perfusions en hôpital de jour, visages pâles et fatigue écrasante sur les visages autour de moi. Non. J’ai suivi une chimiothérapie par voie orale, sous forme de cachets.
Un traitement médicamenteux puissant, certes, mais beaucoup plus doux dans sa forme, et pourtant efficace. Cette approche, encore peu connue ou utilisée en France, est bien plus répandue aux États-Unis, où j’ai d’ailleurs été suivie une partie du temps. Mon oncologue me suivait à distance – en visio, parfois au téléphone, parfois en cabinet – et j’alternais entre mes rendez-vous là-bas et en France, où je continuais à vivre et à travailler.
Cette double prise en charge, transatlantique, m’a permis de voir les choses autrement. J’ai été accompagnée avec bienveillance, dans une dynamique de soin respectueuse de mon mode de vie, de ma mobilité, de ma volonté de rester active, présente, debout.
Une autre image de la maladie
Parce que je ne perdais pas mes cheveux, parce que je continuais à sortir, à m’habiller comme j’aime, à voyager même parfois, certaines personnes ne voyaient rien. Elles ne savaient pas. Et parfois, quand elles apprenaient, elles étaient surprises : « Mais tu n’as pas l’air malade. » Ou même : « Tu es sûre que c’est un cancer ? »
Oui, j’étais sûre. Et oui, on peut être en traitement contre un cancer et continuer à vivre. On peut continuer à rire. À s’occuper de ses enfants. À mener des projets. À aimer. À créer. Et aussi, à pleurer en silence certains soirs, quand la peur revient s’asseoir au bord du lit.
Je ne dis pas que tout a été facile. Mais tout a été… différent. Plus intérieur. Plus intime. J’ai appris à écouter mon corps avec une finesse que je ne connaissais pas. À respecter ses nouveaux rythmes. À ne plus me juger quand j’avais besoin de ralentir. J’ai aussi appris à dire non, à me préserver, à ne pas expliquer si je ne le souhaitais pas.
Être malade en 2023-2024, c’est aussi faire face à une autre réalité
Le cancer aujourd’hui ne ressemble plus à celui d’hier. Les traitements évoluent, les formes de prise en charge aussi. L’idée n’est plus seulement de guérir, mais de vivre pendant le traitement, de conserver une qualité de vie, une énergie, une autonomie. La médecine s’humanise, même si le chemin reste encore long.
J’ai été accompagnée avec une forme de douceur que je n’aurais jamais imaginée possible dans le cadre d’un cancer. Et cela a profondément changé mon rapport au soin, à la médecine, et à moi-même.
Un an et demi plus tard
Aujourd’hui, je vais bien. Je suis en rémission. Ces mots sont précieux. J’en parle avec une infinie gratitude, parce que je sais que ce n’est pas donné à tout le monde. Mais j’en parle aussi avec conscience : celle de ne pas minimiser ce que j’ai traversé, ni d’édulcorer ce que vivent tant d’autres femmes, parfois dans la solitude, dans des protocoles lourds, dans le silence.
Mon histoire, je la raconte parce qu’elle est singulière. Parce qu’elle montre que d’autres formes de parcours existent. Parce qu’elle peut peut-être rassurer, inspirer, redonner espoir.
On peut traverser cette tempête sans tout perdre. On peut rester soi-même, autrement. On peut aussi guérir dans la douceur.
À celles qui commencent ce chemin
Si tu viens de recevoir ce diagnostic, si tu es en plein milieu de ce parcours, si tu es perdue ou si tu as peur, je veux que tu saches ceci : tu n’es pas seule. Et surtout, il existe des traitements plus adaptés, plus humains, plus respectueux de ton rythme.
Entoure-toi. Informe-toi. Pose des questions. Demande un deuxième avis. Écoute-toi.
Et surtout, garde au fond de toi cette force invisible que la maladie ne peut jamais voler : ton intuition, ton amour de la vie, et ta lumière.
Sandy,




Commentaires